Pourquoi Same Deutz Fahr et Claas s’associent pour la production de certains tracteurs ?

Cet accord que nous vous avons dévoilé, hier, nécessite quelques explications pour en comprendre les raisons et les enjeux. Notre analyse …

Les faits : Claas et Same Deutz Fahr ont annoncé, ce mardi 24 juillet 2013, leur souhait de coopérer pour la production et la commercialisation de tracteurs de 70 à 110 ch ! Pour être précis, les termes exacts du communiqué sont « évaluent l’opportunité d’une coopération » et « développer, produire et distribuer ».

 

Le constat

A notre avis, il faut bien avoir en tête que plusieurs facteurs justifient cette coopération.

Tout d’abord, citons le fait que le coût de développement de nouveaux tracteurs ne cesse de croître et que Claas se doit de dépenser beaucoup d’argent pour renouveler sa gamme sur ce segment. Si en France, ce créneau peut sembler secondaire, à l’échelle mondiale, il ne faut jamais oublier qu’un tracteur sur deux vendus fait moins de 100 ch. En outre, ce segment progresse très vite car dans nombre de pays émergents, après avoir acheté un premier tracteur d’une quarantaine de chevaux, le second tracteur acheté se situe dans cette gamme de puissance. Ce segment est donc stratégique.

 

Pourquoi Same Deutz Fahr ?

Parce que la production de tracteurs entre 70 et 110 ch est le vrai point fort de Same Deutz Fahr avec une bonne répartition géographique des usines (Italie, Inde, Chine). Ce constructeur doit, en revanche, s’affirmer en récolte.

 

Full liner : le Graal des constructeurs !

Il faut bien comprendre que les constructeurs voient le marché mondial des matériels en pleine croissance et ont deux priorités : « aller vite » pour prendre des parts de marché en phase croissante et devenir des full liner pour bien maîtriser les concessionnaires. Développer, produire et commercialiser est une bonne façon de mutualiser les coûts mais Claas et Same Deutz Fahr vont devoir faire preuve « d’adresse marketing », dans certains pays, pour expliquer à deux concessionnaires en concurrence sur une même zone que les tracteurs peuvent être présentés au clients final comme différents.

 

Les majors et les familiaux !

Cet accord prend aussi du sens quand on prend un peu de recul sur l’évolution des constructeurs à l’échelle mondiale eu au cours de la dernière décennie. Nous avons 4 grands acteurs ( 1) John Deere, 2) CNH, 3)Agco et 4) Kubota), des géants dont les chiffres d’affaires dépassent les 8 milliards d’euros tous secteurs confondus capables de lever des fonds conséquents en Bourse, présents sur tous les continents pour valoriser leur efforts de recherche développement. Face à eux des constructeurs indiens et chinois (Mahindra, Escorts, Sonalika, ….) très compétitifs avec du « cash »et des constructeurs européens qui mettent un point d’honneur à conserver une structure capitalistique familiale (et on ne peut que les louer) mais dont les chiffres d’affaires progresse certes mais qui perdent des parts de marché si l’on observe le marché mondial du machinisme qui lui progresse bien plus rapidement.

 

Mettons quelques chiffres en perspective : le chiffre d’affaires total du groupe Same Deutz Fahr est de 1,1 milliard d’euros soit à peine le total des ventes « Agriculture de précision » de John Deere ! Le chiffre d’affaires de Claas est de 3,4 milliards d’euros soit comparable au seul bénéfice du groupe John Deere !

 

Cela montre clairement que le peloton des entreprises du machinisme agricole s’est scindé en deux au cours des dix dernières années du fait de l’explosion du marché mondial du machinisme que les besoins d’investissements (dont le jeu pervers des normes moteurs à outrance) a favorisé les majors cotées en bourse et a pénalisé les entreprises familiales dans un contexte où les banquiers sont de plus en plus frileux et qu’ils ne privilégient pas l’intérêt général de l’économie.

 

Jean-Paul Hébrard / Yamina Arfa

 

P.S. : Attention, toutes ces informations ne sont que le résultat d’enquête auprès de responsables connaissant bien ces deux entreprises ou l’évolution des marchés mais elles n’ont jamais été confirmées par ces deux entreprises qui ont déclaré ne pas vouloir s’exprimer avant le printemps 2014 !